
Retour sur la table ronde : Quelle place pour la recherche dans le débat public ?
Dans le cadre de Stand up for science : « les sciences sont un bien commun » (mouvement international soutenu depuis 2025 par notre université), le collectif de mobilisation des personnels de l'Université Marie et Louis Pasteur donnait rendez-vous le 19 mai dernier à la communauté universitaire pour défendre les sciences, la liberté académique et la démocratie à la Maison des Sciences Humaines et Environnementales.
Julien Azuara (laboratoire Chrono-Environnement), Michaël Crevoisier (laboratoire des Logiques de l’agir), Murielle Faudot (Service Commun de la Documentation), Séverin Guignard (laboratoire de psychologie), Mathieu Lesourd (Laboratoire de recherches Intégratives en Neurosciences et psychologie Cognitive) et Jérémy Quérénet (service Sciences, Art et Culture) analysaient la situation actuelle et les réactions suscitées.
Contre quoi luttons-nous ?
Héritière des Lumières, l’université publique est le lieu de diffusion de la rationalité dans la société, d’exercice de la pensée critique, et de confiance dans un lieu ouvert à tous : c’est l’endroit où on est autorisé à « dire la vérité » [NDLR : même si elle fâche].
C’est pourquoi la radicalisation libertarienne et néolibérale de Donald Trump (comme celle de Richard Nixon avant elle) affiche son antagonisme et son mépris envers ces universités. Pour eux, afin de ne pas contrevenir aux intérêts économiques de la nation et à sa mission civilisationnelle, la seule science valable est celle qui accélère l’évolution technologique vers l’Eldorado du cyberespace et la course aux étoiles. La discussion universitaire pluraliste est jugée vide et creuse.
D’après eux, il faut donc accroître le transfert des ressources du public au privé pour laisser s’effondrer l’université et son inutile activité intellectuelle, cette pratique sociale et démocratique dépassée.
Licenciements massifs, coupes budgétaires, censure délibérée de sujets de recherche, minimisation des résultats scientifiques, diminution drastique du temps de parole consacré aux questions écologiques dans les débats des élections municipales : le contexte mondial, national et local se répondent, poussant les scientifiques à s’engager dans l’espace public, vu l’accélération de fake news à contrer et de logiques antagonistes (immédiat / durable, profit / santé) s’affrontant au détriment des sciences.
Au lieu de se contenter d’étudier et de mesurer l’effondrement du vivant et du climat, certains chercheurs et personnels d’appui à la recherche passent à l’action : avec quelle légitimité, quelles limites, quels impacts ?
Le COMETS (comité d’éthique du CNRS) rappelle que le chercheur représente son institution, et préconise la neutralité. Cette neutralité s’avérant relative, étant donné que la science est politique à minima via son impact sur la société, le COMETS reconnaît la liberté d’engagement, du moment qu’elle est transparente (prise de parole en lien avec l’expertise du chercheur, en citant ses sources, etc). Les attaques aux biens, qui peuvent faire partie des actions de désobéissance civile (cf le mouvement « Scientifiques en rébellion » : « face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire »), sont désapprouvées, quoique le COMETS reconnaisse qu’elles seules soient parfois efficaces.
Historiquement, la science « avec et pour la société » est une évolution récente, le chercheur et ses protocoles méticuleux de recherche en train de se faire étant à priori éloignés des médias, qui exigent un avis immédiat d’expert sur une décision pratique.
Mais à Besançon, l’exemple de l’allumage nocturne de la citadelle, décision politique scientifiquement désapprouvée de façon détaillée et sourcée par les chercheurs du collectif ESR Franche-Comté, a pu être infléchi ; quoique toujours néfaste pour la faune et les humains concernés, il a été réduit grâce à cet engagement local.
Les échanges suivant les présentations furent nombreux :
- convergence du collectif universitaire avec le collectif du CHU (alerter les citoyens sur les enjeux écologiques qui les concernent plutôt que les décideurs politiques qui n’ont pas intérêt à changer, faire venir des malades comme ambassadeurs objets d’identification…)
- pistes institutionnelles : CV descriptif des chercheurs préconisé par COARA comportant un « apport à la société » , 1% du budget de l’Agence National de la Recherche fléché sur science & société…
- soif d’actions : une étudiante arrivée depuis peu dans la région demande dans quelles associations mener des actions de terrain ? (Jardins des Vaîtes, Alternatiba… les choix ne manquent pas dans notre terreau bisontin post-Lip)
Pour + d’infos et pour rejoindre le collectif universitaire : julien.azuara@univ-fcomte.fr
Contact
Julien Azuara julien.azuara@univ-fcomte.fr