Marie Rougnant (dir.)

Le Laboratoire LINC (Laboratoire de recherches intégratives en neurosciences et psychologie cognitive, UMR INSERM 1322) vient de publier un livre en collaboration avec des équipes de chercheurs internationaux. Ces chercheurs travaillent sur des techniques de stimulation transcrânienne afin de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau et de contribuer au traitement des troubles psychiatriques et neurologiques.
Le livre aborde ces thématiques selon des approches complémentaires : recherche fondamentale, recherche clinique, modélisation computationnelle et réflexion éthique.
Rencontre avec Vincent Van Waes, directeur du laboratoire LINC, à l’origine de ce projet.
Qu’est-ce que la stimulation cérébrale transcrânienne non invasive ?
Il existe plusieurs types de stimulations cérébrales transcrâniennes : principalement des stimulations électriques et des stimulations magnétiques.
Pour les stimulations électriques, on parle de stimulation transcrânienne par courant continu (tDCS). Deux électrodes sont placées sur le cuir chevelu du patient et reliées à un générateur. Un courant de très faible intensité circule entre ces électrodes.
Selon l’électrode, il est possible de stimuler (anode) ou d’inhiber (cathode) la zone cérébrale ciblée. L’objectif est d’activer ou d’inhiber des régions impliquées dans certaines pathologies afin d’essayer de les traiter.
Concernant la stimulation magnétique, le principe est similaire : un champ magnétique est appliqué au niveau du cerveau. Ces techniques sont non invasives, il n’y a pas besoin de gestes chirurgicaux. Les séances durent environ vingt minutes, deux fois par jour pendant cinq jours ou une fois par jour pendant dix jours. Les protocoles et le placement des électrodes (tDCS) ou de la bobine magnétique (rTMS) varient selon les pathologies.
À quels types de troubles psychiques ces techniques peuvent-elles apporter une aide ?
Ces techniques peuvent être utiles pour des maladies telles que la dépression, pour faciliter le sevrage en cas d’addiction, ou encore pour les troubles de la mémoire chez des patients atteints de maladies neurologiques comme la maladie d’Alzheimer par exemple.

Ces techniques pourraient-elles compléter ou remplacer certains traitements médicamenteux ?
Ces techniques ne permettent pas de guérir les maladies, mais elles peuvent contribuer à soulager certains symptômes cognitifs associés ou de faciliter le sevrage dans le cas de l’usage de drogues. Elles ne remplacent pas les traitements médicamenteux existants.
Dans le cas de la dépression, par exemple, environ 15 à 30% des dépressions résistent aux antidépresseurs conventionnels. Pour ces patients, il est intéressant de disposer de nouvelles stratégies thérapeutiques complémentaires afin d’améliorer la prise en charge.
À ce jour, les autorités de santé n’ont pas encore reconnu officiellement ces techniques comme des traitements standards. Elles sont principalement utilisées dans des protocoles de recherche. Au sein du laboratoire LINC, nous menons conjointement des études cliniques (CHU de Besançon, travaux menés par les Professeurs Djamila Bennabi et Emmanuel Haffen) et des études en neurosciences fondamentales (modèle animal).
Les effets bénéfiques ont d’abord été observés chez l’humain, mais les mécanismes d’action ne sont pas encore totalement compris, ce qui ne permet pas une utilisation à large échelle. C’est pourquoi nous avons mis en place une approche translationnelle inverse, en passant de l’humain à l’animal. Nous reproduisons les mêmes stimulations, non douloureuses, chez la souris et analysons les effets à l’aide de tests comportementaux, afin d’améliorer ensuite les protocoles de recherche menés à l’hôpital. Cela nous permet également d’étudier les mécanismes neurobiologiques sous-jacents, notamment l’impact de ces techniques sur la plasticité cérébrale.
Y a-t-il des effets secondaires ou des risques pour les patients ?
Ces stimulations sont très bien tolérées. Elles ne sont pas douloureuses et les effets secondaires sont minimes. Les stimulations peuvent parfois provoquer des rougeurs de la peau sous l’électrode chez certains patients, mais comparés aux effets secondaires des antidépresseurs, ces désagréments restent limités.
Comment est né ce projet de livre ?
J’ai été invité par un collègue américain à contribuer à un volume de la collection intitulée Handbook of Behavioral Neuroscience, dont l’objectif est de produire des ouvrages de référence sur une thématique donnée. Notre objectif était de regrouper les différentes connaissances autour des stimulations cérébrales non invasives.
J’ai constitué une équipe de cinq éditeurs : deux équipes françaises, dont celle du laboratoire LINC à Besançon, ainsi qu’une équipe à Paris dirigée par Jean-Pascal Lefaucheur, et trois coéditeurs internationaux basés en Belgique et en Allemagne : Andrea Antal, Alexander T. Sack et Chris Baeken.
Nous avons regroupé 31 équipes de chercheurs, spécialistes issus de différents pays répartis autour du monde (Amérique, Europe, Moyen-Orient, Asie et Océanie). Chaque équipe a rédigé un chapitre en lien avec sa spécialité en neurosciences.
Comment s’est déroulée la collaboration avec les équipes de recherche internationales ?
La collaboration s’est très bien passée, avec de nombreux échanges à distance. J’ai également pu rencontrer certains auteurs lors d’une réunion scientifique organisée en Allemagne en juin 2025 consacrée à la rédaction de recommandations sur la sécurité, les aspects éthiques, juridiques et réglementaires des stimulation électrique transcrânienne de faible intensité organisée par la Société Européenne pour les Stimulations Cérébrales.
Ce fut un honneur de collaborer avec de grands spécialistes dans leurs disciplines et de bénéficier de leurs connaissances. L’élaboration de ce livre a nécessité environ deux ans de travail.
Quel est l’objectif de ce livre ?
À travers cet ouvrage, notre objectif était de faire évoluer les pratiques et de montrer que ces techniques sont efficaces. La difficulté actuelle est que les différents centres de recherche utilisent des protocoles différents, ce qui entraine un manque d’homogénéité des résultats.
De nombreux paramètres doivent être pris en compte : les protocoles de stimulation en premier lieu mais aussi l’âge, le sexe ou encore les caractéristiques individuelles des patients, qui peuvent réagir différemment aux stimulations. Il serait nécessaire d’harmoniser les protocoles afin d’obtenir des résultats comparables. De nouvelles stratégies de stimulations par ultrasons sont également à l’étude et semblent prometteuses. À ce stade, nous sommes encore en phase expérimentale mais les résultats sont très encourageants et nous espérons qu’un jour, les patients pourront pleinement bénéficier de ces nouvelles thérapies.
Pour découvrir le livre
Pour en savoir plus sur le laboratoire LINC
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